Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 20:39


Ce n'est plus un concept, c'est un constat. Les premiers "réfugiés climatiques" ont fait leur apparition dans de nombreux pays du monde. Condamnés à quitter leur terre et leur culture, ils sont les premières victimes des bouleversements climatiques et les nouveaux "Sans Statut Fixe" de la planète. Car à ce jour, pour le droit international, ils sont inexistants. Si les réfugiés politiques ont un statut et des droits spécifiques, les réfugiés climatiques en sont exclus. Sans pouvoir revendiquer le droit d'asile, où vont donc migrer les "rejetés de la planète"? Pour le moment, là où ils peuvent car si les catastrophes liées au climat ont provoqué la migration de 20 millions de personnes en 2008, selon l'ONU, les pays riches sont encore dans la "demi-prise" de conscience. Génocide silencieux de pays qui meurent aux yeux et dans l'indifférence de tous. A la veille du sommet de Copenhague, l'enjeu est donc de taille: Nations qui meurent demandent asile à ses destructeurs…

 

Bangladesh, un pays qui se noie

Après les photographies chocs de l'ours polaire dérivant sur la banquise fondue, c'est au tour de l'humain de chavirer. Et cette fois, c'est au Bangladesh que vous serez certain de réussir votre cliché. Régulièrement touché par les inondations pendant la mousson, le Bangladesh assiste a une recrudescence du phénomène depuis quelques années. Alors qu'à Copenhague on s'interroge encore sur la possibilité d'agir en faveur de la planète, un pays parmi une longue liste déroulante à venir, s’efface dans l’indifférence quasi générale. Comme un jeu de domino, île après île. Le Bangladesh, l'une des grandes terres fertiles de la planète, peut se targuer aujourd'hui d'être officiellement la "première grande victime recensée de l’augmentation des températures". Ses grands fleuves le rendent aujourd'hui vulnérable. Ajoutez les inondations incessantes, les raz de marée, les périodes de sécheresse et les cyclones tropicaux (en 1991, 138 000 morts), vous obtenez une nation en tête de liste des nouveaux pays exportateurs de "réfugiés climatiques". Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) annonce une perte de 17 % de son territoire d’ici à 2050 avec 20 millions de Bangladais devenant des réfugiés environnementaux à cette même date. 

 

Appel en absence

Certains pays tirent depuis plusieurs années la sonnette d'alarme. L'exemple le plus parlant en la matière est sans aucun doute l'Etat de Tuvalu, composé de 9 atolls coralliens dans l'Océan Pacifique Sud.  En septembre 2003, à New York à l'occasion de son discours devant l'ONU, le Premier Ministre de Tuvalu, Saufatu Sopoanga dénonçait les effets dévastateurs des changements climatiques sur son pays "We live in constant fear of the adverse impacts of climate change. For a coral atoll nation, sea level rise and more severe weather events loom as a growing threat to our entire population. The threat is real and serious, and is of no difference to a slow and insidious form of terrorism against us."

 

"Une forme insidieuse de terrorisme contre nous", non l'expression n'était pas trop forte. Aujourd'hui, à défaut de pouvoir sauver sa Nation, il demande à ses pays voisins, l'asile climatique souhaitant ainsi une évacuation massive de ses concitoyens pour sauvegarder leur culture. Pour le moment l'Australie a refusé toute coopération. Selon les experts, ces atolls pourraient être complètement submergés d’ici 2050. Lieu de vie d’une dizaine de millions d’habitants qui disparaitrait.


Le rapport qui dérange

Comme toute bonne inégalité qui se respecte, le "réfugié climatique" ne déroge pas à cette règle: le réchauffement climatique frappe les plus misérables. Les pays riches quant à eux conservent le premier rôle dans les changements environnementaux, les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Faire face à ses responsabilités est donc le nouvel adage des pays développés. Dans un récent rapport, intitulé "leader ou looser", l'organisation Greenpeace épingle les chefs d'états: "faîtes ce que je dis mais pas ce que je fais". Ainsi, si Barack Obama a reçu le prix Nobel de la paix, il fait figure de cancre lorsqu'il s'agit de sauver la planète. Dernier du classement, derrière Nicolas Sarkozy, ou encore Hu Jintao. Car comme l'explique Greenpeace: "Les mauvais élèves ne sont pas ceux que l'on croit. Contrairement aux discours ambiants qui visent à faire de la Chine et des grands émergents les responsables d’un échec programmé à Copenhague, il apparaît clairement… que c'est dans le groupe des pays industrialisés que se trouvent les cancres du climat." La Chine et l'Inde font donc figure d'élèves attentifs "au regard des actions que ces deux pays s'engagent à mener pour limiter la croissance de leurs émissions de gaz à effet de serre." 


L'enjeu d'un sommet

Les experts s'accordent à dire que la température moyenne mondiale ne doit pas augmenter de plus de 2°C d'ici la fin du siècle. Pour atteindre cet objectif, les émissions de gaz à effet de serre doivent baisser dès 2015. C'est un des grands enjeux du sommet de Copenhague qui se déroulera du 7 au 18 décembre.

Les chefs d'Etat et de gouvernement du monde entier s'y retrouveront pour décider de la réduction de ces émissions.  Malgré les déclarations qui s'enchainent sur les conséquences irrémédiables à venir, les politiques ne semblent pas encore mesurer l'ampleur de leur tâche. Certains spécialistes prédisent l'échec du sommet. Et les conclusions du rapport de Greenpeace semblent sonner le glas. Aucun chef d'état ne défendrait une position suffisamment ambitieuse pour limiter l'augmentation des températures, hormis le Président de Tuvalu. 

 

Comment nourrir la prise de conscience, quand les actions se succèdent, les manifestations déferlent, les désastres écologiques s'enchaînent, les réfugiés climatiques augmentent, des pays disparaissent? Si les chefs d'Etat restent indifférents à tous ces appels, la terre se heurte à ses propres limites. Espérons que le prochain sommet de Copenhague ne soit donc pas la goutte d'eau qui fasse déborder la planète... A bon entendeur!

Par Zoa
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