Dimanche 15 novembre 2009
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Soulages,
l'influence...
Avec une petite pincée d’orgueil et de subjectivité
que je ne nierais pas, je vous affirmerais que Midi-Pyrénées est encore une des plus belles régions de France ayant su conserver son charme d’antan. C’est là où j’ai vécu et grandi. Ici la
palette des couleurs dessine les saisons. Le blanc dépose son manteau de neige sur les sommets des Pyrénées et des monts de Lacaune. C'est le temps de la garbure, des marchés au gras et
des bérets. Le vert annonce le printemps. Le canal du Midi s'ouvre de nouveau à la navigation. Les briques des pigeonniers flamboient au soleil couchant. C'est le temps des salades et des
respounchous. Le jaune sonne l'été. La chaleur est à son apogée. Partout explosent les festivals. Les tournesols virent à l’ouest. Le Tour de France grimpe nos cols. Le brun annonce
l'automne comme la plus riche des saisons. C'est le temps des vendanges et des promesses. Le pistil du safran est prêt pour sa délicate récolte. L'alambic parcourt les vignobles
d'Armagnac.
Et puis il y a le noir… celui qui annonce la
grandeur, le charisme et l'humilité. Le noir de Soulages et de son Aveyron natal qui l'a vu grandir. Ce noir qui marque son empreinte et force mon
admiration.
Serait-ce les couleurs et la douceur de vivre de notre
région qui l'ont tant influencé? J'aime à le penser. Douce illusion.
Voyage dans l'outrenoir
Celui qui raconte, à l'âge de 10 ans, tracer à
l'encre, des traits sur une feuille de papier blanc pour y dessiner un paysage de neige
"le
blanc du papier s'illuminait comme la neige grâce aux traits noirs que j'y peignais...», ne se doute alors pas qu'il ébauche les prémisses
de son chef d'oeuvre artistique.
Soulages ou le créateur, l'artiste d'une vie en noir.
Ode au noir, tout le paradoxe de son ode à la vie. Cet artiste qui use et abuse des outils qu'il crée, dessine les ombres et la lumière de
l'humanité. En marge du courant figuratif de l'après-guerre, ses
peintures interpellent. Picabia lui lancera
: «Avec ce que vous faites, vous n'allez pas tarder à
avoir beaucoup d'ennemis.» C'était comme une promesse! Car Soulages, c'est l'artiste tendance aujourd'hui, celui dont on parle dans les allées guindées du milieu artistique. Celui dont il est bon
ton d'apprécier à la vie ou de détester à jamais. Amis artistes, laissez-moi nuancer. Les oeuvres de Soulages ne se commentent pas, elles ne s'apprécient pas, ne se détestent pas. Elles se
regardent et s'appréhendent, tel un chercheur...
Back to
black
Soulages, le fou, le chercheur en quête de lumière, de
reflets, amorce sa phase d'expérimentation. Le brou de noix puis un morceau de verre brisé, du goudron, il bouillonne d'idées noires. En 1979, il travaille un tableau pendant des heures et se
retrouve désemparé par ce noir qui "avait tout envahi, à tel point que c'était comme s'il
n'existait plus". Cette quête de la matière dans la matière marque la
radicalisation de ses peintures et l'apogée de ce qu'il qualifie "l'outrenoir". Le noir de Soulages s'apprivoise, s'observe, nous envahit et parfois même nous étreint. Ni oppressant, ni
revendicatif, il devient alors le miroir de la lumière… et de la vie. Soulages a fait du noir une couleur, une vie.
Une grande rétrospective est consacrée à
Soulages jusqu'au 8 mars 2010 au Centre Pompidou
Par Zoa
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