"Identité nationale": l'association de ces deux petits mots déclenche aujourd'hui, de vives réactions dans toutes les sphères
de la société française. Une "association" dangereuse qui frise le "politiquement correct" ou le "politiquement débattable". Et pourtant, on en fait tout un débat. Alors, allons-y, déclinons
notre identité!
Il semble difficile d'en donner une définition. Au sens des définitions les plus répandues, l'expression daterait des années 80 et désignerait, selon un mélange de
définitions plus ou moins justes, " le sentiment d'appartenance à un ensemble national et qui forme un ensemble d'habitus socialisant et de principes partagés, évoluant dans le temps". Ok,
jusque-là, d'accord ou pas, on peut tous "entendre" la définition au sens "étymologique populaire". Mais là où le bât blesse, c'est bel et bien sa réapparition sur le devant de la scène
politique française. Pourquoi en parle t-on autant aujourd'hui? Y a t-il sujet à polémiquer, y a t-il sujet à débattre et à s'interroger?
L'identité nationale serait, si on la considère dans son histoire, "l'alibi" de nombreuses luttes, guerres, dérives religieuses, ethniques et autres bains de sang
car oui on se bat depuis la nuit des temps pour son identité. Identité qui, si on la ramène au berceau de l'humanité, ne semble pourtant pas trouver une légitimité naturelle: qui d'Adam ou
d'Eve, était Français, Italien ou Allemand? Et qui de la poule ou de l'oeuf... D'accord je m'éloigne. L'identité nationale avant même d'en établir une définition précise, faisait donc partie de
l'histoire des Nations, des Peuples, de la France. Mais si Dieu créa l'homme, avait-il prévu de créer l'identité nationale? Se battre, résister et sauver la France oui, il fut un temps. Mais
est-il vraiment nécessaire aujourd'hui de légiférer sur ce concept? L'accord tacite désigné entre la France et sa population sur les grands principes qui fondent son identité ne semble
donc plus assez explicite aujourd'hui. Il faut donc en parler et lui "redonner tout son sens". Mais ne nous trompons pas, le débat porte sur l'identité nationale et non sur une potentielle
crise d'identité. Ah bon? L'amalgame semblait presque légitime.
Depuis le 2 novembre dernier, le gouvernement orchestré par le Ministre de l'Immigration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, Eric Besson,
invite sur son site www.debatidentitenationale.fr, à débattre, comme son nom l'indique, sur "l'Identité nationale". Et chacun d'apporter sa contribution à la fameuse question: "Pour vous,
qu'est-ce qu'être Français?"
Nul besoin de présenter sa carte d'identité, chaque personne de nationalité française ou pas donc, peut s'exprimer sur le sujet. Elle s'est donc posée la question
la petite Zoa, de savoir "pour elle, qu'est-ce qu'être Français(e)?". Non que le sujet la passionne mais forçat de l'info oblige, elle a dû s'y intéresser. Et si le débat venait à être débattu
lors d'un dîner, faudrait quand même qu'elle aligne les arguments.
Alors pour moi qu'est-ce donc cette notion, ce concept d'être Français(e)? Heureuse qui comme moi, a fait un un an de beau voyage loin de ma "patrie", et puis est
revenue plein d'usage et raison… ou pas… devrais pouvoir aisément répondre à la question.
Si j'essaye de fouiller dans mes souvenirs de voyage, la question récurrente était: "where are you from?". Et aujourd'hui encore à Paris on me demande: "de quelle région es-tu avec cet accent
si chantant?". Mais point de souvenir d'un quelconque néozélandais me demandant: "hey bro, c'est quoi pour toi être français?". Et voilà qu'à mon retour, le Président de la République de
mon propre pays me pose la question. Etrange? Qu'ai-je donc fait, qu'ai-je donc dit pour que le gouvernement soit si interrogatif à mon égard? La question posée à mes grands-parents, quelques
décennies en arrière, aurait sûrement pris un tout autre sens. Mais aujourd'hui? Je reste perplexe...
Ma "nonna" Italienne qui se définit comme Française, aurait peut-être pu apporter des éléments de réponse. Et ma grand-mère Espagnole, de vous répondre: "de quoi je me mêle jeune homme, me da igual, je vis ici depuis des lustres, je paye mes impôts, je suis Française. Débat clos, basta."
Mais Zoa en revanche, elle fait chou blanc devant l'interrogation de son gouvernement. Oui j'ai bien essayé de "jouer le jeu" et tenter de répondre à cette
bouillonnante question. Mais rien, nada, niente, quetchi. Je suis restée sans réponse. Vous m'auriez demandé cher Président, pourquoi je me sens du "Sud", je vous aurais sûrement récité un long
plaidoyer, certes ennuyeux, sur mon charmant département, les férias et le folklore, le canard, l'armagnac et toutes ces inepties, qui m'auraient donné envie, cette envie contradictoire, de
vous faire découvrir là où j'ai écoulé mes douces années tout en rejetant ce sentiment "coupable" d'appartenance à un territoire.
Mais à votre question, je reste sans voix. Je suis interpellée voire même bousculée par cette question, qui à dire vrai, me dérange. A bien y réfléchir, je fais peut-être partie de ces courants
"humanistes" qui se définissent davantage comme citoyen du monde que citoyen français.
Je l'avoue cependant, quand Zizou jouait, j'aimais entendre résonner la Marseillaise et j'étais fière de cette grande équipe nationale. Black, Blanc, Beur. Derrière Zizou, tout un peuple dont
les valeurs me semblaient loyales, honnêtes, respectueuses et dont le jeu avait la magie de nous faire oublier la couleur et la culture et soyons fou, tout le reste! Effacer le temps d'un match
l'inégalité et l'injustice du monde, ces peuples qui souffrent et qui luttent, effacer le temps d'une partie, ce sentiment écoeurant d'être un "privilégié hasardeux" car née en France par
hasard. On ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas où l'on nait, on ne choisit pas son identité. Tel est le jeu du hasard. Mais j'ai grandi.
Ce jeu de hasard et ces "non-privilégiés hasardeux" que vous semblez bouder, aujourd'hui, vous les Grands de ce monde lors du sommet de la FAO. Un enfant qui meurt de faim toutes les 6 secondes
dans le monde. Constat alarmant, déconcertant. Vous me rétorquerez probablement que je glisse trop facilement sur les terrains miséreux et fédérateurs que sont la faim, la pauvreté,
les inégalités ou encore la guerre dans le monde. Bien loin donc du débat qui nous préoccupe dans ce petit bout de papier. Je vous donnerais sûrement raison mais vous répliquerais ceci: si je
me permets de glisser sur ces sujets avec si peu de complexes, c'est que vous me le demandez. Pour moi être française aujourd'hui, c'est avant tout être citoyenne du monde. Ce monde où les
droits fondamentaux de l'homme, de la femme et des enfants sont si souvent bafoués. Ce monde où manger et subsister sont encore les priorités des Nations qui nous entourent. Gênée donc que
cette identité nationale monopolise le devant de la scène médiatique française. Gênée que ma "nation" ne décline son identité au sommet mondial de la FAO ce lundi. Gênée oui, que ce lundi,
l'identité nationale soit le débat majeur, alors qu'une partie du monde se meurt.
Et à la question "Pour vous c'est quoi être Français(e)?". Bien loin de toute opinion politique de droite ou de gauche, bien loin de cet engouement médiatique, bien loin de ce débat sociétal,
bien loin de ces pensées philosophiques, bien loin de ces clivages culturels, bien loin de ces histoires d'identité qui agitent la France d'aujourd'hui et bien plus près de ces peuples, de ce
monde qui nous entoure, je vous répondrais en citant ma grand-mère Italienne, de nationalité incertaine mais à tendance humaniste: "me fas caga avec ton débat, cela m'importe peu. Je suis
seulement Française du Monde". Et à mon tour de vous retourner la question: "Pour vous, c'est quoi être Français du Monde?"
"J'ai dit l'égalité, je n'ai pas dit l'identité" - Victor Hugo
Derniers Commentaires